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La vie d’Adèle, le bleu reste t’il une couleur chaude?

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J’écris cet article, à chaud, c’est à dire au lendemain du visionnage du film. Le vide et la tristesse tournent en vautours autour de moi. Je ne me rappelle plus très bien de ce que j’avais pu dire ici de la BD, si elle avait fait l’objet d’un article c’est possible, je m’en fiche. Il y a comme une frontière dans ma mémoire entre l’avant et l’après, l’avant contient cette lecture, l’après se souvient de l’histoire de manière très nette et des jours qui ont suivis c’était peut être il y a trois ans (deux ? je sais pas), après le prix d’Angoulême. Je me souviens que les mêmes rapaces m’avaient écorché les yeux et les joues et fait sangloter de longues heures.

La vie d'Adèle, le bleu reste t'il une couleur chaude? dans Cinema BleuVieAdele

Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de livrer un vision un peu comparative entre film et BD. Pourtant la conclusion de cette comparaison je la connais déjà, il s’agit de deux histoires différentes, et donc d’une interprétation libre d’une histoire que chacun peut interpréter et modifier. Pourtant …

Les personnages sont tellement bien rendus qu’ils collent à leurs personnages dessinés. Le rêve, la rencontre, les scènes de sexes sont issus de la BD, et illustrent une histoire d’amour bouleversante. Nous sommes dans la couleur chaude. Le personnage d’Emma a la malice et le bleu de son regard incarne la source de chaleur de la vie d’Adèle. Il est ajouté à cette histoire d’amour des points d’ancrages des personnages, l’apport du film est assez passionnant finalement nous glissons sur la description du passage de l’adolescence à l’âge ou l’on est censé « gagner sa vie ».

Nous sommes pris alors dans une autre perspective, celle de la dimension sociale, nous avons le droit alors à une vision de deux milieux sociaux, qui selon le réalisateur sont pour finir incompatibles, Adèle est préparée à rentrer dans le schéma d’une vie « classique », tandis qu’Emma évoluerai dans des sphères intellectuelles. Et là nous quittons la couleur chaude.

Autant Abdellatif Kechiche, sait filmer les enfants à l’école maternelle, les scènes de décalages culturels entre Emma et les parents d’Adèle. Autant son talent s’arrête pour ce qui est de filmer une adolescente en première et terminal L, puis qui ensuite va à la FAC et entre à l’IUFM. Il y a comme une limite imposée au personnage d’Adèle, cette limite est révoltante, elle veut devenir institutrice (ce qui est clairement interprété comme un manque d’ambition, et d’ouverture d’esprit). Alors qu’elle prétend lire beaucoup, elle ne trouve jamais le courage, malgré ses différentes rencontres de débattre. Elle est du début à la fin incapable de faire des phrases compliquées, incapable de donner son point de vue. Elle dira toujours la même chose n’évoluera pas. Et pire régressera, elle perdra ses amis du lycée, puis finira entourée d’instituteur, jugé tellement négativement par l’auteur, qu’elle ne pourra leur parler de son homosexualité.

Peu à peu ce qui ressemblait dans la BD à la découverte de l’altérité, à l’intérêt pour l’autre et à la découverte de l’autre qui est en soi, se transforme en histoire sexuelle, en témoigne la scène du bar après 3 ans de séparation. Emme ne l’aime plus mais garde pour elle une infinie tendresse, la condescendance d’ailleurs est là.

Mais il ne réussit pas non plus à nous faire croire au personnage d’Emma. Emma n’est pas d’accord sur l’affirmation au sujet de Klimt et de ces peintures fleuris… Mais elle n’argumente rien, tout reste à l’état de conversation de non initiés à l’art, ce qui nous permet à nous spectateur d’à-peu-près tout comprendre, le problème étant qu’Adèle est complétement larguée, malgrè la simplicité du propos. Heureusement elle trouve dans certaines soirées la compagnie d’un personnage « presque aussi simple qu’elle », puisqu’il ne s’y connait pas en Art, ou alors elle endosse le rôle de bonniche.

Emma n’est pas crédible, elle explique bien Sartre à Adèle, mais elle ne va pas plus loin. L’histoire d’amour est alors transformée en l’attirance de deux corps évoluant dans deux milieux sociaux différents et incompatible qui viendra à bout de l’attirance. En effet, Emma se saisit de la « trahison d’Adèle » pour mettre fin à leur relation, puis qu’Adèle n’est pas assez intellectuelle pour elle et que pire elle refuse de s’y mettre (refus de l’écriture).  Emma a du désir, mais elle préfère quelqu’un de son « rang » (bien que ce rang soit bidon, ou en tout cas si mal rendu que l’on n’y croit pas).

Cette préférence d’Emma ne se retrouve pas dans la BD, pas tout le long. Et puis la jalousie, qui entre dans la composition de l’histoire de la BD, parait moins à sens unique que dans le film (Sérieusement Emma est elle jalouse?)

Et c’est là, que la comparaison se justifie selon moi. Oui il s’agit d’une interprétation de l’auteur, mais non je ne la pense pas intéressante. Parce que pour commencer, elle est mal argumentée, elle ne dépasse pas les préjugées élémentaires. C’est du racisme de classe, la condescendance en étant une expression. 

Ensuite elle modifie le sens profond de l’histoire. On ne parle pas d’une histoire d’amour, on parle « seulement de fusion sexuelle », ce qui n’est pas le cas de la BD. Le chaud du bleu vient de la rencontre entre 2 milieux, de la découverte d’une autre, de la découverte par l’autre de soi, et aussi de la fusion sexuelle entre 2 femmes. La fin de la BD, est d’une infinie tristesse, elle laisse pourtant de la chaleur dans le cœur, l’histoire d’amour est magnifique, jusqu’à la dernière case.

La fin du film est d’une tristesse glauque Adèle finit seule, et ne traite pas d’une histoire d’amour transcendant la vie des 2 protagonistes.

Voilà deux tristesses différentes, deux interprétations, et un gouffre au milieu.

 

 

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