Accueil conficulture Vallotton : Le feu sous la glace au Grand Palais

Vallotton : Le feu sous la glace au Grand Palais

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Étrangement, je ne me souviens pas d’une expo aussi longue et complète au Grand Palais! (De ce coté là du grand Palais, vu que l’autre coté est consacré à Braque).

Pour une fois, j’ai trouvé que mon billet était rentabilisé, billet tribu : soit 8 euros 40 la place (à 13 euros je ne dirai peut-être pas ça…)

La présentation des œuvres en 10 thématiques, permet de rentrer dans l’univers et la pensée de Félix Vallotton. Ces différents regroupements sont les suivants :

Idéalisme et pureté de la ligne

Vallotton : Le feu sous la glace au Grand Palais dans conficulture

Perspective aplatie

Refoulement et mensonges

Un regard photographique

La violence tragique d’une tache noire

Le double féminin

Érotisme glacé

Opulence de la matière

Mythologie moderne

C’est la guerre

Bien entendu et par gentillesse, je vous épargne mon avancée pas à pas dans cette exposition. Je vais m’attarder sur des idées transversales à ses thématiques, et quelques impressions personnelles.

Tout d’abord Félix Vallotton, ne m’est pas un artiste « sympathique ». Un petit encadré dans l’exposition, au sujet du tableau ci-après, prétend qu’il ne serait pas misogyne mais misanthrope, puisque l’homme y est aussi désagréable que la femme. Que nenni! Il est misogyne clairement et simplement.

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 Il hait les femmes et dans un même temps les admire/désir en tant qu’idéal défendu (la haine découlant de cette divinisation des femmes).

Ses tableaux sont partagés entre une forme d’érotisme, qui traduit un certain désir mis à distance par la glace qu’inspire les nus (pureté de la forme, tranché du contour) et des représentations du paraitre bourgeois de l’époque. Il y dénonce une hypocrisie des rôles sociaux, mais plus explicitement une manipulation des hommes par les femmes. La série de xylographies nommée : Intimité et dont découle ensuite quelques tableaux, est passionnante! Je suis en train de terminer un livre de Stefan Zweig : Le monde d’hier, souvenirs d’un européen. La description par ce formidable auteur de la société bourgeoise viennoise d’avant guerre (la première), la différenciation entre les sexes et le tabou autour du sexe,  la prostitution condition nécessaire à l’existence même de cette classe sociale, trouvent une illustration dans les tableaux de Vallotton qui peint la bourgeoisie française. La dénonciation d’une morale bourgeoise, basée sur l’apparence, qui fut le lit également de la philosophie de Freud, traverse l’œuvre de Vallotton, et ce qui est d’autant plus intéressant c’est son parti pris : la dénonciation de la manipulation, de la farce, de la perversion féminine. Même si l’on peut aussi dire, qu’il présente des hommes un peu caricaturaux, vieux et du genre naïfs dans un cas et dans l’autre benêt. Mais la naïveté et la bêtise ne sont pas vraiment des vices…

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Nous voyons aussi que le féminisme montant de l’époque, l’a traumatisé, notamment dans sa réinterprétation des mythes anciens. Ou encore ses représentations de femmes geignardes, ou son tableau : le viol.

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Le Viol

Avant de conclure, sur cette première impression, je pense qu’il faut ajouter quelques notes biographiques qui manquent à l’exposition du grand Palais. A vouloir, en faire un artiste intemporel et universel, ils desservent la compréhension de l’œuvre. Oui ces tableaux et xylographie traverseront les âges, mais non Vallotton ne peut être être complétement détaché de son époque! Au contraire c’est le sel de son œuvre. Le poivre tenant dans sa vie amoureuse et sa rencontre avec une femme qui fut la muse de beaucoup d’autres également. Elle fut décrite par certain comme une diva capricieuse particulièrement cruelle. On  retrouve ces trait dans de nombreux tableau de Vallotton : Misia. Si l’on ajoute à cela son mariage arrangé, ou de raison avec sa femme Gabrielle (veuve avec 3 enfants, appartenant à une riche famille de galeriste, d’origine juive, alors que lui même est dépeint au départ comme anarchiste). Si l’on s’intéresse à son point de vue sur sa famille : « famille je vous hais ». Son sentiment d’étrangeté au sein de cette famille. Peut on mieux comprendre ?

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Tout le refoulement, qui a mon avis donne le titre à l’exposition, est je crois contemporain de cette fin de 19ème et de ce début de 20ème siècle. D’ailleurs les théorises freudienne émergentes alors vont à merveille à Vallotton. C’est la proposition d’une lecture d’une époque au prisme des tensions de ce peintre évacuées dans l’œuvre. Le sadisme de certains tableaux et la violence qu’ils laissent en bouche, nous donne une petite idée de ses rapports à la sexualité :

Néanmoins attention! D’autre influences traversent son œuvre, l’art nouveau est là, le symbolisme également, je me demande ce que ce tableau : l’automne, qui fait penser à Mucha par son titre et son choix de représenter une femme de face, a comme sens caché. Ce tableau est très particulier, très provoquant, phallique et finalement bien étrange…

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Diverse allusion facétieuse à des peintres qu’il admire comme Courbet, Ingres, lui permettent d’aller plus loin dans son propos et sont époustouflantes. Comme par exemple ses fesses, qui transgressent par le cadrage d’une partie du corps (référence à l’origine du monde?) (pornographie anonyme), et la représentation de la peau d’orange qui dissocie la représentation du nu féminin de la beauté.

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Félix Vallotton appartenait avec Vuillard et Bonnard au groupe des Nabis, il était le « Nabis étranger »,  d’ailleurs un peu étranger à tout mais influencé. Il se tenait à distance des mouvements  de son époque. Son trait et ses peintures sont à l’opposé des procédés des impressionniste. On retrouve son appartenance au groupe des Nabis, dans l’absence de perspective, ou son invention totale, lorsqu’il peint un paysage, il le fait de mémoire, en huit clos. Dans ces tableaux la perspective est multiple, le monde recrée ainsi est imaginaire, onirique et splendide ! La lumière domine les tableaux, les couleurs sont tranchées et appliquées sur des grandes surfaces. Et comme dit un peu auparavant un peu de symbolisme.

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On observe une tendance, au delà de son travail sur la photographie, à la représentation des reflets, des lumières sur les objets, qui confine à une forme d’hyper réalisme.

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Mais il l’abandonne, pour représenter la première guerre mondiale, il frôle l’abstraction avec la représentation du cimetière de Chalon :

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Le réalisme, et les figures allégoriques sont abandonnée pour représenter la mécanisation de la guerre, l’échelle change, après tout il s’agit d’un massacre mondial :

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En vrac et sans trop détailler, je vais continuer avec d’autres impressions, j’ai adoré ses xylographies ou peu à peu le noir recouvre le blanc, le suicide me fait penser à du Tardy avant l’heure (bon Tardy a du s’inspirer…), il faudra aller la voir dans l’exposition, parce que je ne la trouve pas sur internet… Sinon celle là je l’aime bien aussi :

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Ses convictions politiques, du départ (anarchiste) se retrouve dans ses représentations des foules, et de leur oppressions, l’arrivée du socialisme modifia aussi la donne en cette fin de 19ème.

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La représentation de la baignade qui montre des gens tout habillés faisant trempette, ainsi que les habits féminin, montrent qu’à l’époque pas une seule parcelle de peau n’était laissé à l’air libre. En fait soit les femmes sont vêtues du cou aux poignets, et jusqu’aux chevilles, soit elles sont nues.

L’utilisation des couleurs, notamment le pourpre illustrant le désir, la passion et la transgression de l’interdit atteint un  summum dans : La chambre rouge.

Représentation des intérieurs, suggestion par les portes ouvertes… Le polar avant l’heure…

En résumé exposition intéressante, très complète, qui présente les multiples facette d’une œuvre passionnantes aussi bien sur le plan graphique que pour son rattachement à un parcours personnel, dans une époque charnière!

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