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Damasio : La horde du contrevent, oui mais nan!

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Alors le titre c’est pour que ça rime, puisque l’auteur de ce livre ne renonce pas à tout un foutras de métaphores et artéfacts stylistiques, qui ne me font pas crier au génie, mais à un certain talent…

Damasio : La horde du contrevent, oui mais nan! dans Lectures 9782070342266

Pour être crédible, je vais un peu construire ma critique, je viens de terminer ce livre, dont on m’avait dit le plus grand bien.

Je l’ai lu très rapidement : à mon travail vendredi (oui je sais c’est pas bien, mais c’était férié) et hier parce qu’en me levant je me suis fait les réflexions suivantes :

- Je sais comment ça va finir et cette fin m’ennuie (elle n’est pas décevante, elle n’est pas déstabilisante, ni prévisible, elle est STUPIDE).

- La présence du destin, qui me glace dans tous les romans bof bof de fantaisie, va me souler.

- Le scribe  continuera à être aussi étriqué, au fil des pages, comme je le hais depuis le début et qu’en plus c’est lui qui commence le livre et donc  le finit ( ou alors si il décède c’est son enfant qui le fait). C’est typique de ce genre d’écrits très originaux…

- Chacun des personnages conservera ses mystères et connaissances le plus longtemps possible, sans les dévoiler aux autres membre de la Horde ! 30 ans de quête, pourquoi dans les dernières années, la communication serait elle plus aisée?

- Autre chose  : la dénonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme, qui effleure au travers l’idée de l’existence des poursuiveurs.  Cette existence sous entend des intérêts bien supérieurs à ceux de la horde.. Cette idée je le pressentais aller être exploitée de manière superficielle et aberrante.

En résumé, comme je sentais que ma motivation allait décroitre et que j’allais passer à coté de quelques bon moments, je me suis un peu forcée…

Sur la forme, quelques inventions de l’auteur sont des petite trouvailles et illuminent le récit narré par 23 protagonistes, dont la représentation en terme de prise de paroles est complétement inégale. Le monde imaginaire parcouru de vents allant de l’amont à l’aval prenant différents aspects, que les humains décrivent à l’aide d’une forme particulière de ponctuation, est une de ces trouvailles. La mythologie, des hordes successives qui peu à peu progressent dans leur quête de l’Extrême amont et de l’origine du vent, créait le sens de ce livre. Les 9 formes de vent, le vif, les chrones attestent d’un monde imaginaire, construit, fouillé et poétique dans une certaine mesure.

Le sens de ce livre, parce qu’il en a un, est expliqué très simplement par Coriolis, (personnage sur lequel je reviendrai, mais qui me navre) au travers la métaphore du chameau docile qui obéit aux ordres de ces maitres, comprenez : le dressage inhumain (un dressage ne peut être qualifié d’humain, je sais , mais j’accentue l’effet)  de ces enfants enrôlés de force dans cette horde. Au cours du temps et au prix de nombreux efforts ces enfant devenus grands transforment l’ordre reçu en quête personnelle, ainsi le chameau se métamorphose en lion et dis « je veux ».  Puis vient la neuvième forme de vent, la mort dans son plus trompeur éclat qui blesse mortellement le lion, selon sa plus grande faiblesse, par exemple l’orgueil (Golgoth c’est le suprême de l’orgueil, comme fin) et ainsi seul survit celui qui retrouve son âme d’enfant, et la capacité de s’émerveiller de chaque instant, les jumeaux reconstitués survivent. Tandis que Sov renait à la vie. Finalement, il retrouve leur enfance volée ils se sont émancipés de leur quête, du sens donné. Le sens est  circulaire retour au point de départ dans tous les sens du terme, retour à l’enfance volée, retour à l’extrême amont! C’est du Nietzsche (enfin ce que j’en comprends à mon échelle, et je suis d’accord avec vous j’ai pas, forcément, saisis toute la philosophie guerrière et de l’instant qui peuple les pages).

En soi, cette quête qui n’en n’est plus une lorsqu’on la prend en cours de route (le début du roman) est intéressante. Mais cette transcendance, ce dépassement humain, est desservit par quelques aberrations constantes.

Sur les 23 personnages, quelques uns sont des intellectuels, en 30 ans presque aucun n’a pensé a parlé de son savoir à d’autres, à partager ce qu’ils savent réellement sur l’extrême amont. 

Les écrits des hordes précédentes ne servent pas directement aux hordes suivantes, mais a des hordes bien plus loin dans le futur.

Les personnages ne sont pas assez étayés au niveau intellectuel, on a l’impression qu’ils sortent de l’école, pourtant l’endoctrinement est vieux, ils s’en sont en théorie émancipés, puisqu’ils disent « je veux ».

Les sentiments, les mondes personnels sont sous développés, seul une forme d’attachement à la horde est décrite, en Sov particulièrement vu que c’est sa qualité principal.

Alors certes étayer 23 personnages c’est un peu trop, mais vu les personnages qui reviennent le plus souvent, il y aurait pu y avoir un approfondissement. Ou alors il aurait fallu quitter le « je » pour un « il » plus descriptif de l’action.

Après  lorsque Coriolis fait ces numéros de fous et de conteur, il invente et réinvente l’origine du vent ou l’extrême amont… Soit mais pourquoi n’est il pas évoqué la possibilité que se soit comme à l’aval? Je suppose que j’ai du rater le passage du livre qui parle de l’extrême aval, et ou finit le vent… Ils viennent de l’extrême aval et que sait on de cette fin du monde  ? Pour moi c’est une aberration de départ, qui m’a agacé au plus haut point. Et que dire d’Oroshi et de tout son savoir non partagé?

Le fait de ne jamais parler de l’aval, rend obsolète une quête qui  partirait de là!

Après la Norska, ils évoquent sans cesse la possibilité de renoncer… Mais c’est impossible, ils ne peuvent plus reculer et pire au bout de qu’il pense être le bout, ils ne peuvent techniquement pas faire demi-tour! Les personnages restants ne sont pourtant pas stupide, même avec le vent dans le dos!

Et ce destin couru d’avance d’une horde, qui malgré la connaissance d’un futur possible et une compréhension par certain membre de divers phénomènes, s’enlisent dans le sentimentalisme et la quête du vif plutôt que de rester en vie. Elle ne survit pas à la prémonition : mort pour tous ces membres sauf un…  Alors ils ne sont hommes que dans l’émancipation de leur quête? Ils ne sont pas perfectibles, ils ne sont pas maître un tant soit peu de leur destin? Coriolis va à sa mort sciemment, c’est navrant.

J’ai un problème avec le personnage du scribe, pour moi un pauvre-type qui n’évolue pas ne murit pas, et qui s’habille de modestie pour dissimuler ses faiblesses. L’accès à ses pensée est délétère, il est trop lent. Je soupçonne l’auteur de s’y être identifié un peu trop…

Un autre problème avec Coriolis, qui n’est donc pas un humain, chose que l’on devine assez vite. Ce personnage est une pâle copie de celui du fou de L’assassin royal, sauf qu’il n’a pas son étoffe, il n’en n’a pas son génie, et il n’en n’a pas son mystère. Quelques joutes verbale et quelques pirouettes sont insuffisantes pour lui donner l’étoffe d’un personnage clef et attachant!

Par rapport au style du livre en lui même, je respecte ce parti pris pour l’invention et le détournement des mots, je trouve que l’auteur propose un autre style dans sa rythmique des phrases et phrasé. Je reconnais qu’il y a une forme de brillance dans le style qui embellit et décrit à merveille ce monde imaginaire. Les joutes verbales de Coriolis ne valent pas malgré tout la lecture d’un bon recueil de poèmes, mais viennent encrer l’œuvre dans une forme de beauté.

C’est une œuvre originale, qui ne mérite peut être pas l’excellence qu’on lui attribue.

Je suis déstabilisée devant autant d’aberrations qui viennent heurter un roman se voulant cohérent et démonstratif de la force d’une communauté, des épreuves et sentiments humains vitaux et de la libération de l’homme par lui même.





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23 Commentaires

  1. Jean-Baptiste

    26 octobre, 2015 à 16:19

    Analyse interessante bien que nous ne soyons pas d’accord du tout mais je vous laisse uniquement un commentaire pour vous indiquer que le troubadour s’appelle Caracole =) Coriolis est la feuleuse !

  2. Usure pas triste

    9 novembre, 2015 à 11:24

    merci !

  3. Usure pas triste

    9 novembre, 2015 à 11:26

    merci!

  4. KHNO

    12 décembre, 2015 à 18:03

    Coriolis est effectivement un personnage dérangeant, mais ce ni le conteur, ni la feuleuse (callirhoé), mais une croc. Elle semble jouer le rôle de l’ingénue. C’est d’ailleurs ce sexisme ordinaire qui traverse tout le livre qui me semble le plus déstabilisant. Les femmes (appelées « les filles ») sont décrites soit comme mères ou comme putains (j’exagère peu puisque le personnage d’Oroshi qui semblait s’y soustraire finit par y passer aussi à ce dualisme). Je ne suis pas franchement d’accord sur les histoires de secrets: chaque membre semble avoir une conscience aigüe de sa remplaçabilité et on peut donc penser que garder son expertise secrète était un moyen de se garder soi-même de l’expulsion de la horde, d’autant plus avec les soupçons de traîtrise (la poursuite). Le fait qu’ils et elles seraient partis de l’extrême-aval peut expliquer leur ignorance de certains fait (d’autant plus qu’il me semble qu’un des points du livre est de dénoncer ces traditions et ces plans échafaudés par des oligarques n’ayant pas en tête l’intérêt général). Je suis au milieu de ma troisième lecture, et j’essaie de passer outre ce sexisme systématique des personnages… j’avoue que j’aimerais pouvoir considérer définitivement qu’il s’agit d’une dénonciation du sexisme de la société dans laquelle ils prennent place, tout comme c’en est une des codes sociaux et d’honneurs imposés, mais je suis de plus en plus sceptique…

  5. MrJer

    18 juillet, 2016 à 9:07

    Tu as manifestement lu ce livre en diagonale.
    Je te laisse y retourner sans sauter une page sur deux pour y trouver les réponses à tes interrogations concernant le partage des connaissances, le monde intérieur des personnages, ou encore la description de l’extrême-aval.

  6. Usure

    10 septembre, 2016 à 19:47

    Bonjour,
    Tu as visiblement lu cet article en diagonal, je te laisse le soin de le relire ;p

  7. rmzrg

    29 janvier, 2017 à 1:10

    Certaines de tes critiques me semblent être plutot raisonnable, en particulier ce qui concerne la cohérence : 30 ans et on découvre des choses aussi tard, le faut qu’après tout ce temps ils ne se soent pas affranchis etc.

    Par contre certaines autres montrent clairement des ratés de ton article (Outre les erreurs sur les noms des personnages) :

    - L’extrême aval est décrit entouré de glace et inexplorable, mais reste qu’effectivement ça soulève des questions

    - La transmissions des mémoires des hordes est assez logiques, parce que les données sont parfois retrouvées longtemps après leur disparition. Toute les traces ne sont pas les même.

    - Tu parles de l’étoffe d’un personnage d’un roman de Robin Hobb où chacune de ces creations est un ramassis de platitude insupportable, l’histoire clairement créée en fonction du succès qui part n’importe où… Non désolé Caracole est d’un bien autre niveau et sa prestance/puissante/intelligence est démontré mainte fois. J’avais un peu le même argument que toi mais dans l’autre sens en fait.

  8. Rynnka

    10 février, 2017 à 16:22

    Je suis assez surprise que cet article ne mentionne pas la qualité de la langue. On peut râler sur des défauts de partage/communication (qui sont des réflexions de notre monde moderne, il peut être cohérent que ces personnages, moins éduqués, ne parviennent pas aussi tôt à cette conclusion, n’est-ce pas ?) mais rien à redire face à la qualité d’écriture globale de l’ouvrage, qui passe d’un style à un autre…

    rmzrg, j’adore ta formulation : « de l’étoffe d’un personnage d’un roman de Robin Hobb où chacune de ces creations est un ramassis de platitude insupportable » xD

  9. laurent

    16 mars, 2017 à 1:03

    ceci n’est pas une critique, mais une déconstruction, un désossage. Qu’elle énergie dépensée en tout cas à écrire sur ce que l’on ne peux pas aimer. Je suis vraiment désolé pour vous, être allé au bout de ce livre dans de pareilles conditions d’esprit… je me dis que j’ai bien de la chance.

  10. laurent

    16 mars, 2017 à 1:34

    Bon.. j’y reviens… « Je sais comment ça va finir et cette fin m’ennuie (elle n’est pas décevante, elle n’est pas déstabilisante, ni prévisible, elle est STUPIDE) »
    Par définition, toute fin est stupide, car elle annihile le gain du parcours, voir son sens. ce livre à une fin honnête car attendue, pas de « révélations », de cliffhanger moisi… alors, on ralenti le rythme, on s’aperçoit que ce qui compte c’est d’être dans l’histoire, dans le présent. Chaque regard en haut de page nous indique ce qu’il nous reste, on freine, on reprend, on marque une pause. Mais on y retourne, on sait comment ça va se terminer, mais qu’elle importance ? La fin on s’en fout, le problème avec le cerveau, c’est qu’on ne peut pas l’aider avec une fin. Pour un estomac, peu importe le plaisir du plat, la satiété est là pour nous faire accepter la fin du repas. Pour finir (encore), je dirais que vous prêtez à cette histoire bien trop de prétention. Qu’elle ai eu du succès ne signifie pas qu’elle avait la prétention d’en avoir. Ceux qui l’ont aimé, l’ont aimé simplement et comme disais un célèbre vendeur de junkfood, le plaisir est avant tout ds les choses simples.
    Cordialement.

  11. laurent

    16 mars, 2017 à 1:56

    encore moi.
    après inspection de vos différentes rubriques, et sans jugement de valeur aucun, je tiens à vous rassurer, ce livre ne pouvait pas vous plaire. considérez donc mes commentaires comme caduques. (je ne peux malheureusement pas les effacer).

  12. Usure pas triste

    3 avril, 2017 à 16:26

    @ Laurent
    Ah la la! Finalement vous préférez une pirouette roulé sur le tatamis du mépris. Désolée de vous avoir titillé ainsi. Ne me plaignez pas ce livre a des qualités je ne poursuis pas un livre qui m’ennuie à mourir (sauf pour ce qui concerne ma profession et mes activités). Avec cent jugements de valeurs, je ne vous accorderai pas cette conclusion. Ce livre avait toutes les raisons de me plaire. J’ignore quelle rubrique de ce blog vous permet cet énoncé, mais ne regrettez pas vos propos.Ils ne sont pas confitures donné à un cochon. Notre désaccord tient sur la fin, et il était très fin de votre part de pointer du doigt une attente de ma part. Probablement trop habituée aux histoires de fantaisies, romans, polars et sf, j’aime les conclusions tristes ou gaies. Alors je juge la fin qui me laisse sur ma faim. Ici faim de fantaisie, de poésie, d’imagination. Le moment présent, le recul vous permet de mettre à distance et de cerner des attentes différentes. Et je crois même qu’il devrait vous permettre de ne comprendre qu’à la différence des personnages de ce livre une personne est multiple ce qui fait sa complexité. Bien gentiment !
    UPT

  13. laurent

    24 avril, 2017 à 13:30

    On devrait toujours attendre un certain temps afin de se relire, avant de poster un commentaire.
    « une pirouette roulé sur le tatamis du mépris » c’est exact, et même assez courtois de votre part de m’épargner ainsi.
    j’en étais à mon deuxième mois de sevrage tabagique, aujourd’hui à plus de trois, me voici prêt a faire amende honorable pour la médiocrité dont j’ai fais preuve en toute fin.

  14. Hector Tillon

    16 août, 2017 à 16:29

    Finalement ce qui compte c’est d’avoir aimé lire ce livre ou non.
    Pourquoi lisez-vous ?
    Ce livre suscite des commentaires parce qu’il n’est pas passé inaperçu et la raison est qu’il a quelque(s) chose(s) à dire.

  15. Jo

    22 novembre, 2017 à 10:07

    Euh… Tu confonds Coriolis avec Caracole l’ami !

  16. nico

    22 novembre, 2017 à 15:25

    Je suis dubitatif quant à ta critique :-/

    J’ai adoré ce livre, je préfère préciser afin que l’on soit d’accord sur le fait que mes arguments sont partiaux.

    commençons par le début :

    le problème de lire un livre trop vite c’est que l’on passe à côté de détails, comme par exemple, confondre coriolis et caracole, qui sont des personnages très présents de l’histoire, si le doute etait permis, une petite vérification et hop, problème réglé

    d’autres part, lorsque l’on s’intéresse à l’opposition hordiers vs fréoles, on discerne une certaine éloge de la lenteur permettant une meilleure compréhension du vent afin d’essayer d’en saisir toutes les subtilités par les hordiers. Peut-être est-ce la même chose pour le livre.

    Sur la critique des personnages et de leur nombre, je peux comprendre ta frustration, mais je ne vois pas comment faire autrement car l’utilisation du « il » aurait tendance à ne pas avoir le même effet immersif.
    Car je pense que l’auteur cherche plus que tout à nous faire ressentir l’intensité du contre via ce début « in medias res » (je ressort mes leçons du collège^^) avec un sacré furvent.

    Pour ce qui est du personnage de Sov, je te trouve vraiment dure avec lui. « il n’évolue pas », « l’accès à ses pensées est délétère, il est lent » …
    Il est l’un de ceux qui comprend au mieux le vent après oroshi et avec erg et caracole.

    Pour ce qui est de la comparaison entre caracole et le fou de l’assassin royal, encore un désaccord puisque le fou de robin hobb a le même rôle tragique d’une certaine manière ( je me suis arrêté à la fin dl’arc « deuxième epoque »).

    Enfin pour le côté « on connaît déjà la fin », « c’est le destin » … oui je pense que l’on comprend assez vite pour l’extrême amont (avant la tour d’alticio). Mais penses-tu vraiment qu’après une trentaine d’années à chercher qq chose, le groupe pouvait se décider du jour au lendemain à faire demi tour ? leur quête est une partie d’eux même, une partie de la horde c’est ce qui les soude, qui leur permet d’avancer, en trace direct d’ailleurs. s’en séparer renoncer après le norska c’est abandonner, le but comme le groupe. Peut-être est-ce aussi un moyen de se voiler la face pour ne pas affronter la réalité, d’où ce côté tragique.

    voilà pour la contre critique personelle :)

  17. Koala

    12 mars, 2018 à 0:39

    Je trouve qu’il faut avoir un sacré culot pour oser remettre en question un livre aussi profondément travaillé sans prendre le temps de le lire. La critique repose sur des aprioris, et non sur une lecture attentive.
    Ça a évidemment été déjà mentionné, mais confondre le personnage de Caracole avec Coriolis, c’est « navrant », surtout au bout de 800 pages avec autant d’imprégnation de la vitalité des personnages, qui est si individuelle et unique chez Caracole. Partant de là, je considère que l’auteur.e de la critique n’a tout simplement pas lu le livre. Et sans lire, il est difficile de comprendre…

    Ce roman qui n’en est pas vraiment est selon moi à prendre comme un recueil de fragments de vie couchés sur le papier comme si les personnages écrivaient leurs pensées au moment où elles survenaient. Il est fragmentaire : le lecteur est un intru. Qu’on ne lui donne pas toutes les informations (détails sur l’extrême aval et savoirs de chaque personnage – ont probablement été abordés par la horde bien avant le début du livre). Les personnages ne retracent pas leur parcours ni leur passé pour le lecteur, ils tracent droit. Au lecteur de suivre et de récupérer par bribes quelques informations.

    Ensuite, que les personnages te paraissent fades, c’est un point de vue subjectif. Je les ai trouvés suffisamment ancrés pour éprouver de l’émotion face à leurs épreuves et à leurs propres émotions – l’amour désespéré de Sov pour Caracole – et c’est pour moi suffisant. Un narrateur externe aurait complètement détruit l’impression de ces témoignages – fragments de vie.

    La métaphore nietzschéenne est assez bien analysée, mais l’idée de destinée est complètement à côté de la plaque. La horde n’est destinée à rien. Les prédictions sont présentées comme des « avenirs majoritaires » je crois, non comme des futurs certains. Il est probable qu’ils meurent tous sauf Sov, et Caracole comme Oroshi le mettent en garde, pour le sauver : parce qu’il a le plus de chances de leur survivre. Mais ce n’est pas gagné : Sov doit lutter, doit (et c’est crucial) CHOISIR de ne pas se suicider, pour accomplir les prédictions. Leur quête, ils CHOISISSENT à chaque pas de la poursuivre, de l’incarner. Ils créent par leur contre leur propre destinée, ils choisissent de conjuguer au présent un avenir probable (qu’ils pourraient choisir de ne pas suivre). Mais leur vie, leur vitalité profonde, est d’accomplir ce que tu appelles une destinée : c’est en l’accomplissant qu’ils réalisent le mieux ce qu’ils sont profondément. En cela, ils sont libres, et exercent cette liberté avec une force douloureuse qui n’a rien d’évident. Pour les autres, notamment Caracole, qui se jettent vers la mort les bras ouverts… n’as-tu pas pensé que c’était leur voeu ? Caracole meurt heureux, il réalise une autre forme de l’autochrone qu’il est, il se réalise lui-même par cette « mort » qu’il a choisie. Et ainsi pour les autres. Ils se réalisent dans leur 9e forme. C’est probablement pour cela qu’Oroshi les laisse partir sans les retenir, et qu’elle se donne elle-même à la mort.

    Quant à la fin, elle ne m’a pas déçue, et j’ai une chance énorme : celle de la naïveté de la fiction. Je ne réfléchis jamais, même inconsciemment, à la suite ni à la fin. Je me laisse emporter par les pages au fur et à mesure, sans deviner ce qui viendra ensuite. Et je ne m’attends jamais à rien. Donc je ne suis quasiment jamais déçue. Du coup, j’ai été à la fois soulagée par la fin qui donnait sa cohérence au livre, et surprise par ce retour circulaire en aval (je ne m’y attendais pas du tout, naïve que je suis). Avec l’idée de l’éternel retour, nietzscheen et pré-socratique (on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, écoulement incessant de flux qui sont les mêmes mais différents…). Cohérent là aussi. Toute autre fin aurait fait rupture avec la philosophie de l’ouvrage, je pense.

    Enfin un mot pour cette idée de sexisme que j’ai vue traîner dans les commentaires. Au contraire, j’ai été plutôt surprise par la façon de traiter les personnages, à la fois très genrés et pas du tout. Le « les filles » ne sert qu’à désigner le groupe plus petit de femmes, et je le trouve plus affectueux que condescendant. Les « filles » ont cette caractéristique d’être moins résistante que les hommes : bon, on l’admet. Mais du coup, cette caractéristique les handicape dans certaines situations physiques que la horde rencontre énormément… donc elles ont un caractère à part, par leur faiblesse physique. Au même titre que les jeunes crocs masculins au début du livre en fait. Enfin je l’ai lu comme ça, j’ai pu aussi vouloir m’aveugler moi-même inconsciemment… ce qui peut être gênant plutôt, c’est leurs fonctions (feu, cueillette, soins… des métiers de « femmes »). Oroshi rattrape un peu le tir, avec son rôle majeur (et le fait que Golgoth la respecte, l’écoute et lui demande son avis – alors que Golgoth est un sacré bourrin de première classe, mais ce sexisme n’est pas gênant car il va de pair avec un personnage exécrable et sans tact, sans surmoi en fait. Le fait qu’il traite pourtant les « filles » comme les hommes, sans distingo de genre et sans pincettes, tant pis pour leurs gueules si elles chiallent, est très beau et m’a beaucoup plu. On comprend « Ici t’es dans la horde, homme ou femme, petit ou grand c’est la même merde, et tout le monde est traité pareil ». C’est une belle ode à l’égalité des humains finalement, à la manière brute de decoffrage de Golgoth.

    Évidemment, je précise que je me suis laissée emporter par cette symphonie magique et admirablement tissée de mots et d’imaginaire (le texte est à couper le souffle – un délice pour mes yeux de poète et d’écrivain qui aime les mots, les pirouettes phrasées et la poésie des images). Cette lecture admirative a peut être égaré mon jugement, et comme un collègue dans les commentaires, je ne prétends guère à l’objectivité et j’assume totalement le biais de ma lecture.

    A bon entendeur !

  18. Koala

    12 mars, 2018 à 0:56

    Je trouve qu’il faut avoir un sacré culot pour oser remettre en question un livre aussi profondément travaillé sans prendre le temps de le lire. La critique repose sur des aprioris, et non sur une lecture attentive.
    Ça a évidemment été déjà mentionné, mais confondre le personnage de Caracole avec Coriolis, c’est « navrant », surtout au bout de 800 pages avec autant d’imprégnation de la vitalité des personnages, qui est si individuelle et unique chez Caracole. Partant de là, je considère que l’auteur.e de la critique n’a tout simplement pas lu le livre. Et sans lire, il est difficile de comprendre…

    Ce roman qui n’en est pas vraiment est selon moi à prendre comme un recueil de fragments de vie couchés sur le papier comme si les personnages écrivaient leurs pensées au moment où elles survenaient. Il est fragmentaire : le lecteur est un intru. Qu’on ne lui donne pas toutes les informations (détails sur l’extrême aval et savoirs de chaque personnage – ont probablement été abordés par la horde bien avant le début du livre) est tout à fait logique si on adopte ce mode de narration polyphonique et in medias res. Les personnages ne retracent pas leur parcours ni leur passé pour le lecteur, ils tracent droit. Au lecteur de suivre et de récupérer par bribes quelques informations.

    Ensuite, que les personnages te paraissent fades, c’est un point de vue subjectif. Je les ai trouvés suffisamment ancrés pour éprouver de l’émotion face à leurs épreuves et à leurs propres émotions – l’amour désespéré de Sov pour Caracole en est un exemple – et c’est pour moi suffisant. Un narrateur externe aurait complètement détruit l’impression de ces témoignages – fragments de vie.

    La métaphore nietzschéenne est assez bien analysée, mais l’idée de destinée est complètement à côté de la plaque. La horde n’est destinée à rien. Les prédictions sont présentées comme des « avenirs majoritaires » je crois, non comme des futurs certains. Il est probable qu’ils meurent tous sauf Sov, et Caracole comme Oroshi le mettent en garde, pour le sauver : parce qu’il a le plus de chances de leur survivre. Mais ce n’est pas gagné : Sov doit lutter, doit (et c’est crucial) CHOISIR de ne pas se suicider, pour accomplir les prédictions. Leur quête, ils CHOISISSENT à chaque pas de la poursuivre, de l’incarner. Ils créent par leur contre leur propre destinée, ils choisissent de conjuguer au présent un avenir probable (qu’ils pourraient choisir de ne pas suivre). Mais leur vie, leur vitalité profonde, est d’accomplir ce que tu appelles une destinée : c’est en l’accomplissant qu’ils réalisent le mieux ce qu’ils sont profondément. En cela, ils sont libres, et exercent cette liberté avec une force douloureuse qui n’a rien d’évident. Pour les autres, notamment Caracole, qui se jettent vers la mort les bras ouverts… n’as-tu pas pensé que c’était leur voeu ? Caracole meurt heureux, il réalise une autre forme de l’autochrone qu’il est, il se réalise lui-même par cette « mort » qu’il a choisie. Et ainsi pour les autres. Ils se réalisent dans leur 9e forme. C’est probablement pour cela qu’Oroshi les laisse partir sans les retenir, et qu’elle se donne elle-même à la mort.

    Quant à la fin, elle ne m’a pas déçue, et j’ai une chance énorme : celle de la naïveté de la fiction. Je ne réfléchis jamais, même inconsciemment, à la suite ni à la fin. Je me laisse emporter par les pages au fur et à mesure, sans deviner ce qui viendra ensuite. Et je ne m’attends jamais à rien. Donc je ne suis quasiment jamais déçue. Du coup, j’ai été à la fois soulagée par la fin qui donnait sa cohérence au livre, et surprise par ce retour circulaire en aval (je ne m’y attendais pas du tout, naïve que je suis). Avec l’idée de l’éternel retour, nietzscheen et pré-socratique (on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, écoulement incessant de flux qui sont les mêmes mais différents…). Cohérent là aussi. Toute autre fin aurait fait rupture avec la philosophie de l’ouvrage, je pense.

    Enfin un mot pour cette idée de sexisme que j’ai vue traîner dans les commentaires. Au contraire, j’ai été plutôt surprise par la façon de traiter les personnages, à la fois très genrés et pas du tout. Le « les filles » ne sert qu’à désigner le groupe plus petit de femmes par rapport aux hommes, et je trouve l’expression plus affectueuse que condescendante. Les « filles » ont cette caractéristique d’être moins résistantes que les hommes : bon, on l’admet. Mais du coup, cette caractéristique les handicape dans certaines situations physiques que la horde rencontre énormément… donc elles ont un caractère à part, par leur faiblesse physique. Ce qui explique qu’elles soient désignées ensemble au sein d’un même groupe, défini par leur sexe. Au même titre que les jeunes crocs masculins au début du livre en fait. Enfin je l’ai lu comme ça, j’ai pu aussi vouloir m’aveugler moi-même inconsciemment… ce qui peut être gênant plutôt, c’est leurs fonctions (feu-cuisine, cueillette, soins… des métiers de « femmes »). Oroshi rattrape un peu le tir, avec son rôle majeur (et le fait que Golgoth la respecte, l’écoute et lui demande son avis – alors que Golgoth est un sacré bourrin de première classe, mais ce sexisme n’est pas gênant car il va de pair avec un personnage exécrable et sans tact ni barrières, sans surmoi en fait). Le fait qu’il traite pourtant les « filles » comme les hommes, sans distingo de genre et sans pincettes, – tant pis pour leurs gueules si elles chiallent- est très beau et m’a beaucoup plu. On comprend « Ici t’es dans la horde, homme ou femme, petit ou grand c’est la même merde, et tout le monde est traité pareil ». C’est une belle ode à l’égalité des humains finalement, à la manière brute de decoffrage de Golgoth.

    Évidemment, je précise que je me suis laissée emporter par cette symphonie magique et admirablement tissée de mots et d’imaginaire (le texte est à couper le souffle – un délice pour mes yeux de poète et d’écrivain qui aime les mots, les pirouettes phrasées et la poésie des images). Cette lecture admirative a peut être égaré mon jugement, et comme un collègue dans les commentaires, je ne prétends guère à l’objectivité et j’assume totalement le biais de ma lecture.

    A bon entendeur !

  19. Mathéo

    27 mars, 2018 à 2:03

    La trace est la quête en soit, l’extrême amont n’est pas le but, c’est bien le chemin l’objet de ce livre, la trace quoi. « Le tout était naïf et inconsistant. Humain quand même, au moins? » P3 il le reconnait lui même et je lui accorde l’humanité de son livre.
    Bref c’est un bon livre qui ne mâche pas ses mots je trouve.

  20. Usure pas triste

    11 avril, 2018 à 16:29

    J’aime ce commentaire tout en nuance :) Suspectée de ne pas avoir lu le livre, tout en me concédant « une analyse nietzschéenne », et en prenant la peine de m’expliquer ce qu’il fallait comprendre de la fin, du milieu et des choix des personnages.
    Revenir sur tous les sujets de différences d’appréciations, de lectures en réponse à ce long commentaire (dont je vous remercie) serait trop long. Je me contente donc de revenir sur la naïveté, lors de la lecture et du fait de se laisser emporter au fil des pages… Oui je vois bien l’idée, quand je lis un bon livre c’est ce qui se passe pour moi aussi. ;)
    Par rapport au sexisme, je me demande dans quelle mesure vous maîtrisez le sujet. Lorsque l’on parle de « surmoi », je me méfie.
    Je suis circonspecte également sur le sujet des exceptions (Oroshi dans notre exemple) quand il s’agit d’égalité femme-homme.
    Penser l’égalité femme-homme est un cheminement, tout comme la digestion d’un livre et le recul que l’on peut prendre par rapport à une réaction à chaud… L’identification de la répartition des tâches sexuées est une première étape dans cette réflexion.
    Il semble que vous êtes une véritable polymathes : philosophe avec des « yeux de poète et d’écrivain ».
    Je remercie donc la philosophe, poétesse et écrivaine que vous semblez être, d’avoir pris la peine de m’exposer vos convictions de lectures.

  21. Usure pas triste

    11 avril, 2018 à 16:32

    Merci !
    j’ai confondu 2 personnages, je profite de ce commentaire pour vous présenter toutes mes excuses. Je ne le corrige pas dans l’article afin que vos commentaires ne perdent pas de leur puissance.

  22. Usure pas triste

    11 avril, 2018 à 16:35

    Cette remarque m’interpelle, j’ai acheté ce livre parce qu’il était mis en avant dans un rayon.
    J’ai donc lu ce livre parce que j’ai été la cible d’une publicité. Effectivement, je n’ai pas rencontré de personnes physiques l’ayant lu qui l’avaient aimé…
    Pour autant, si je ne lisais que les conseils de mon entourage je serai passer à coté de beaucoup de bouquins…

  23. Usure pas triste

    11 avril, 2018 à 16:40

    Merci pour ce commentaire, j’ai peu de temps pour répondre, mais je me disais que probablement la résilience, la capacité à s’inventer une autre fin, aurait pu être le sujet de ce livre… Il était une fois revenu au départ la horde…

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